Anthropic ouvre un laboratoire de biologie secret en Californie
Anthropic, la société à l'origine de l'assistant Claude, vient de confirmer l'existence d'un laboratoire humide — un vrai espace d'expérimentation biologique — dans la baie de San Francisco. La nouvelle, révélée par Reuters, survient alors que l'entreprise accélère son expansion dans la recherche pharmaceutique, avec déjà Genentech, Bristol Myers Squibb et Novo Nordisk comme clients de son outil Claude Science. Ni Sanofi ni Servier ne figurent dans cette liste.
Le labo dans le flou
Eric Kauderer-Abrams, responsable des sciences du vivant chez Anthropic, a confirmé l'existence du site mais refusé d'en préciser la taille, les effectifs ou, surtout, le niveau de confinement biosécurité. Ce dernier point est loin d'être anodin : il détermine quels agents pathogènes peuvent y être manipulés. À la question sur les objectifs concrets du laboratoire, sa réponse a été lapidaire : « Ce n'est pas la découverte de médicaments. » Ce qui s'y passe réellement reste sans réponse officielle.
Kauderer-Abrams reconnaît que l'automatisation du travail en laboratoire est encore « très précoce » et que les partenariats extérieurs restent la norme. Le laboratoire interne vient élargir les capacités de recherche d'Anthropic, sans remplacer ces collaborations.
Une expansion biotech rapide, sans partenaires français
En avril 2026, Anthropic a racheté la start-up Coefficient Bio pour environ 400 millions de dollars en actions. En juin, elle a lancé Claude Science, une plateforme spécialisée pour la recherche en laboratoire. Vas Narasimhan, PDG de Novartis, a intégré le conseil du fonds fiduciaire à long terme de l'entreprise. Le fondateur Dario Amodei a lui-même une motivation personnelle dans ce domaine : son père est décédé d'une maladie avant qu'un traitement ne soit trouvé.
Ce développement soulève une question directe pour les acteurs français : Anthropic n'a cité aucun partenaire hexagonal dans ses annonces. Ni l'Inserm, ni l'Institut Pasteur, ni aucune biotech française ne figurent parmi les clients de Claude Science selon CNBC pharma partners. Pour les entreprises françaises qui voudraient y accéder, Anthropic n'a fourni aucun calendrier de déploiement en France, ni de précision sur la conformité RGPD pour le traitement de données cliniques sensibles.
Le paradoxe sécurité
Anthropic publie depuis des années des rapports sur les risques que ses propres modèles font peser en matière de bioterrorisme. Pourtant, l'entreprise a assoupli les garde-fous biologiques dans Claude Fable 5. Entre décembre 2025 et août 2026, elle a elle-même recensé cinq cas de détournement liés à des agents pathogènes ou des toxines, selon ScienceTimes biosécurité. Interrogé sur cet équilibre délicat, Kauderer-Abrams a répondu : « On le calibre en permanence. » Une réponse qui risque de ne pas suffire aux régulateurs européens.